les globe blogueurs

Laura, créatrice de contenu dans le tourisme : la taille d’une communauté sur les RS n’est pas toujours proportionnelle au lectorat…

Laura, tu es une grande voyageuse avec ton compagnon Sébastien et votre fils Hélio et vous partagez régulièrement vos aventures sur votre blog Les Globe-Blogueurs. Peux-tu nous parler un peu de cet espace ?

Notre blog est né suite à un projet de voyage au long cours en Amérique latine réalisé en 2013. Nous avions décidé de consacrer 10 mois pour voyager du Mexique jusqu’en Argentine. Quand nous avons annoncé que nous allions partir, plusieurs amis et personnes de notre entourage nous ont demandé si on allait ouvrir un blog pour y raconter notre voyage et garder un lien avec ceux restés en France. L’idée ne nous avait pas du tout
traversé la tête mais au final elle a fait son chemin et nous avons crée les globeblogueurs.
Depuis ce temps, le blog a énormément évolué que ce soit dans le fond et dans la forme.
C’est un espace que nous voulons le plus authentique possible et dans l’esprit du début des blogs c’est à dire personnel, subjectif et laissant une très grande place à l’écrit et au récit. Au fur et à mesure du temps, notre plume s’est aiguisée et l’envie de partager une certaine idée
du voyage également.
Sur notre blog, nous avons donc envie de promouvoir des voyages au plus près de la nature, de questionner nos manières de voyager, notre rapport au monde. Nous le faisons de manière douce, en filigrane, afin de sensibiliser le plus grand nombre. Notre passé associatif (dans la santé pour moi et dans l’environnement pour Seb) nous a appris qu’une approche frontale n’était pas la plus appropriée pour sensibiliser un public non averti.

Sur notre blog, il y a essentiellement des récits de voyage, de la passion pour les paysages, la faune et la flore et des instants de rencontres. Il y a aussi un volet pratique car nous voulons répondre aux interrogations de nos lecteurs. Depuis le début de l’année, nous avons renforcée cette partie pratique grâce à un nouveau format qui est le podcast « les
coulisses du voyage
». Il nous permet d’aborder plus en profondeur certaines réflexions sur le voyage.

Vous vivez aujourd’hui de vos activités de création de contenus dans le domaine du tourisme, ce qui est finalement assez rare au regard du nombre de blogueurs qui tentent d’en faire leur métier. Tu peux nous en dire plus sur les prestations que vous fournissez et la typologie de vos clients ?

Nous travaillons en grande majorité pour des offices de tourismes ou des agences départementales de tourisme. A la suite d’un voyage dans leur territoire, nous réalisons différents type de contenus (articles, photos, vidéos) que nous diffusons auprès de notre lectorat et notre communauté. Nous pouvons aussi créer du contenu spécifique (banque d’images, vidéo, articles ….) pour les supports de nos clients indépendamment du volet
influence.
Tous nos clients ont comme point commun le fait d’avoir une affinité très forte avec nos valeurs, nos personnalités et la vision que nous avons du tourisme.

Qu’est-ce-qui explique, selon toi, que vous avez réussi là où tant d’autres échouent ?

C’est une question que je me pose très souvent. Avec un peu de recul, je pense que ce sont en partie nos valeurs, notre identité et nos thématiques singulières qui nous ont permis de nouer des partenariats solides.

Nous avons une ligne éditoriale très précise à laquelle nous ne dérogeons pas.

Nous préférons refuser des projets ou les adapter pour que les attentes
de chacun soient respectées plutôt que de tout accepter.
Cette honnêteté, cette transparence que nous avons avec les personnes avec qui nous travaillons permet de créer des projets sur mesure dans lesquels chacun se retrouvent.
Nous avons choisi de faire ce métier par passion et ceci se retrouve dans le choix de nos collaborations et la qualité de nos contenus. Ainsi, je pense que nos clients ne nous voient pas comme de simples prestataires mais réellement comme des partenaires qui œuvrent dans la même direction.
Nous co-construisons les projets ce qui favorise leurs réussites et une satisfaction de chacun.

A l’instar de nos voyages, nous aimons aussi que nos contenus et nos partenariats soient le plus durables possibles. Quand nous démarchons, c’est toujours de manière très ciblée et étudiée car nous choisissons des acteurs en fonction de nos valeurs et de notre philosophie.
Quand nous travaillons avec un nouveau client, nous avons réellement envie de construire une relation et des modalités de collaborations à moyen ou long terme. Je pense que c’est une démarche qui est appréciée et qui apporte beaucoup de valeur et de crédibilité aux contenus que nous créons. Cette « fidélisation » de nos clients nous assure aussi une stabilité et une meilleure visibilité.

Je sens de mon côté et notamment dans la sphère voyage qui est la nôtre, une transformation du marketing d’influence assez profonde. Retour en force des journalistes, lassitude du public, méfiance des annonceurs … ressens-tu également ces évolutions ?

Cet univers est encore nouveau pour moi car je viens d’une sphère tout à fait différente.
J’essaye toujours d’analyser la situation du point de vue du public. Je pense que l’homogénéisation des contenus peut effectivement être lassante. Ce qui me touche aussi et me questionne c’est le rapport parfois sadomasochiste que l’on peut avoir avec les réseaux sociaux.
Les « vendeurs de rêves », les « mises en scène ultra léchées » c’est ce qui fonctionne le plus et en même temps, c’est ce qui peut générer de manière insidieuse des comparaisons douloureuses, une perte d’estime de soi, un sentiment d’inaccessibilité etc..
C’est pourquoi j’essaye toujours d’avoir une approche réaliste du voyage et surtout de ne pas véhiculer des injonctions ou des normes à être comme ceci ou cela. J’ai travaillé en prévention santé et je connais trop les dégâts que peuvent engendre ces formes pernicieuses d’injonctions sociales à la perfection.
On commence de plus en plus à sensibiliser sur notre rapport aux réseaux sociaux. Le conseil que je pourrais donner c’est de ne plus suivre quelqu’un qui (même sans le vouloir) vous cause de l’anxiété, de la mésestime de vous même, du malaise etc.

J’ai aussi pas mal de retour de la part des acteurs du tourisme.

Du point de vue des professionnels du tourisme, je ressens clairement de la méfiance vis à vis des blogueurs ou influenceurs.

La plupart du temps cela est dû à une mauvaise première expérience. Et bien souvent cette expérience malencontreuse est la résultante d’une mauvaise adéquation entre les attentes du professionnel et la ligne éditoriale du blogueur.
Si on attend d’une campagne de communication de mettre en avant les paysages de son territoire et qu’on fait appel à un-e influenceur-se qui se prend constamment en selfie, c’est sûr que le risque de déception peut être grand. Et je n’ai pas pris cet exemple au hasard, c’est celui que l’on m’a le plus souvent donné.

Il y a une responsabilité de la part des professionnels qui font appel aux influenceurs. Ils doivent pouvoir clarifier leurs attentes, leurs objectifs, les valeurs qu’ils souhaitent promouvoir afin de mieux choisir la personne qui correspond le plus à ce travail. Mais il y a aussi une responsabilité côté influenceurs. Chacun doit pouvoir être honnête sur le travail
qu’il peut fournir, les retours attendus et avoir une conscience professionnelle.

Je pense que c’est bien souvent le manque de structuration, de balisage qui crée du malaise, de l’incompréhension ou des mauvaises expériences. Il est important de formaliser de manière claire toutes les étapes du projet (contexte, attentes, objectifs, attendus, aspects
budgétaires …)

Que doivent faire les influenceurs selon toi, s’ils veulent continuer à être un mode de communication adapté et efficace pour les marques ?

Je pense qu’ils doivent être plus sélectifs et cohérents concernant leurs collaborations, en faire moins mais mieux ! Personnellement, j’accorde moins de crédit à un influenceur qui parle d’une marque différente tous les jours ou qui va promouvoir un truc le lundi et l’inverse deux jours plus tard. Plus on a du respect intellectuel vis à vis du public, plus on construit
quelque chose de durable. Pour moi la sincérité c’est la clé !

On parle beaucoup typologies d’influenceurs. Je sais que la course aux followers n’est pas ta priorité mais à l’heure où les marques ont encore beaucoup de mal à se détacher des chiffres, comment fais-tu pour leur faire comprendre que la taille d’une communauté n’est pas l’essentiel ?

C’est encore une fois en parlant des valeurs, des thématiques spécifiques, des messages que j’arrive à évoquer cette question de la taille de la communauté.
Je demande à mes clients de me dire quels sont les messages qu’ils veulent transmettre ou quelle image ils veulent donner de leurs territoires. Ensuite, je leur demande de me dire quel type de public ils veulent toucher avec ses messages.
Une fois qu’on a ça, c’est à eux de voir si d’une part je suis la plus qualifiée pour créer le type de contenu qu’ils attendent et si ma communauté ressemble aux personnes qu’ils veulent toucher. La décision ensuite leur appartient.
Je pense que la plupart de mes clients sont plus attentifs à la qualité de notre contenu et aux chiffres de notre lectorat (80 000 visiteurs uniques par mois) qu’à ceux de nos réseaux sociaux car ils veulent construire une présence numérique sur la durée.

La taille d’une communauté sur les réseaux sociaux n’est pas toujours proportionnelle au lectorat.

Ces deux communautés ne sont pas les mêmes, elles ne s’opposent pas, elles sont complémentaires. Cela peut avoir du sens de travailler avec une personne qui a une petite ou une grande communauté, tout dépend de l’objectif.
De plus, mes clients cherchent souvent à aborder des sujets précis qui ne sont pas toujours beaucoup représenté dans la blogosphère voyage (agritourisme, voyage nature en famille,…), un angle spécifique (naturaliste, tourisme durable, vulgarisation scientifique …) ou une sensibilité, qui ne se mesure pas au nombre de followers.
Ils ont envie qu’on raconte leur territoire et ils sont sensibles à la manière dont on sait le faire. C’est là une de nos forces.

Pour terminer, je ne pouvais passer à côté des préoccupations actuelles.
Comment perçois-tu votre avenir en tant que créateur de contenus tourisme, dans un moment où le secteur est durement touché. Le Coronavirus met en exergue de façon flagrante la fragilité du tourisme face aux aléas sanitaires et climatiques …

Nous sortons à peine du déconfinement et c’est vrai que j’ai du mal à imaginer le futur. Ma chance, si je peux le dire de cette manière, c’est que même si j’aime voyager au-delà de mon pays, j’ai la profonde conviction que l’extraordinaire, le merveilleux est partout à condition de bien vouloir le voir. Je pense que cette période sera peut être une belle opportunité pour diffuser ce qui nous tient à cœur depuis longtemps à savoir prendre le
temps de découvrir
, réveiller sa capacité à s’émerveiller d’un rien, renouer avec la nature, être et ressentir plutôt que faire.

Je pense que nous portons depuis un moment les valeurs qui montent en flèche actuellement. Ma plus grande crainte c’est qu’elles soient dévoyées et reprises par d’autres plus par opportunisme que par réel engagement.
C’est pourquoi j’ai envie plus que jamais d’être aux côtés des « vrais » acteurs d’un tourisme plus durable et responsable et de contribuer par mes contenus à le promouvoir.

Pour le reste, l’avenir le dira, j’ai une nature plutôt résiliente alors je reste optimiste quand à ma capacité d’adaptation.

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